BebeCalin.mu

De 3 à 7 ans

L’enfant, la culture et la télévision

25 janvier 2013, par BebeCalin.mu (Anushka Mootia)


Cette semaine, nous vous invitons à découvrir un interview de Monique Dagnaud, Directrice de recherche au Centre National de Recherche Scientifique.

Quelle est l’influence de la télévision sur la représentation que les enfants se font du monde ?

En cinquante ans, la télévision a bouleversé le rapport des enfants au monde. Auparavant, l’univers des adultes leur était peu dissimulé, il se dévoilait à mesure qu’ils grandissaient. Aujourd’hui, avec la télévision, les enfants se trouvent confrontés très tôt au milieu des « grands », avec sa complexité, ses violences, sa sexualité, ses excès. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ils regardent peu les émissions destinées à la jeunesse, comme les dessins animés. On estime que 80 % du temps passé devant la télévision par les enfants de 4 à 10 ans l’est devant des programmes « tout public ». 25 à 30 % des 8-12 ans sont encore devant la télé à 20 h 30. Ils voient donc très jeunes des séries, des films ou les informations, qui sont autant d’incursions dans le monde des adultes. Une étude a montré que les enfants américains sont soumis chaque année à des milliers de scènes violentes. Cette banalisation de la violence peut donner à certains d’entre eux le sentiment que le monde est ainsi fait. Heureusement, la plupart des jeunes ont dans leur environnement éducatif des adultes qui savent leur donner des normes morales et les aident à distinguer le réel de la représentation de la réalité.

Faut-il protéger les enfants de la publicité, comme en Suède, par exemple ?

D’après une étude américaine, aux États-Unis, les enfants reçoivent en moyenne 20 000 messages publicitaires par an ! En Europe, le matraquage est moins systématique mais les spots qui visent les enfants sont très nombreux, et pas seulement autour des programmes dédiés à la jeunesse. En France, comme dans les autres nations latines, la publicité s’adresse directement à l’enfant, considéré comme un client potentiel. Elle en fait un héros avec un comportement d’adulte, souvent plus impertinent et astucieux que ses parents. Les enfants adorent cette mise en scène, même si jusqu’à 7 ou 8 ans, ils n’en comprennent pas la finalité commerciale.

En Suède, en revanche, les publicités sont interdites autour des programmes pour enfants. Cela ne concerne que les chaînes commerciales, puisque les télévisions publiques ne diffusent pas de spots. Plus généralement, l’enfant n’est pas considéré comme une personne capable de faire un choix économique : tout message publicitaire doit s’adresser à la famille dans son ensemble, parents compris. Il s’agit de ne pas casser les hiérarchies familiales. L’enfant doit rester à sa place d’enfant. La réglementation suédoise est bien intentionnée, mais elle reste symbolique, puisque la télévision plonge les enfants de toute façon dans le monde des adultes. Je reste persuadée qu’il faut des espaces préservés des valeurs mercantiles.

Aujourd’hui omniprésente, la télévision est-elle devenue indispensable à la culture de l’enfant ?

Je ne pense pas. Les enfants qui ne possèdent pas la télévision, à peine 1 ou 2 % des familles, ne sont pas coupés du monde. Il y a d’autres vecteurs – la presse, la radio, la musique, l’écrit, et même la vox populi. En effet, même eux sont imbibés de la culture télévisuelle par leurs contacts avec les camarades de leur âge. Certes, les enfants sans télévision peuvent se sentir frustrés.

Mais je pense qu’il y a aussi des familles qui arrivent à faire admettre que l’absence de cet appareil est une distinction positive. Je pense aux milieux les plus intellectualisés, où l’on estime que la culture est importante, comme les enseignants, par exemple, mais cela peut aussi concerner des milieux populaires, ceux qui misent beaucoup sur le système éducatif.

Propos recueillis par Emmanuel Thévenon Intervenant : Monique Dagnaud, sociologue, ancien membre du CSA (1), directrice de recherche au CNRS, chercheuse associée au CEMS (2) Source : site du CNRS (Centre National de Recherche Scientifique)








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